

Si votre équipe développement durable suit l'évolution du Corporate Net-Zero Standard V2.0 de la SBTi depuis notre analyse de novembre 2025, voici la mise à jour que vous attendiez.
La version finale V2.0 a été publiée le 11 juin 2026 et, si l'architecture générale du projet de novembre demeure intacte, plusieurs dispositions ont été révisées de manière à affecter significativement la façon dont les entreprises agroalimentaires planifient leurs actions, définissent leurs objectifs et démontrent leurs progrès. Certaines de ces révisions constituent de réelles améliorations. L'une d'entre elles en particulier pourrait vous amener à revoir les hypothèses que votre équipe avait établies sur la base du projet initial. La version finale de la norme a orienté le Scope 3 dans une direction différente de celle attendue par de nombreux acteurs.
Voici ce qui a changé, et ce que cela signifie pour votre équipe.
Le projet de novembre décrivait un cycle en quatre étapes : Entry Check → Initial Validation → Renewal Validation → Spot Checks (contrôle d'entrée, validation initiale, validation de renouvellement, contrôles ponctuels). La version finale rationalise ce processus en deux étapes :

L'Entry Check a été intégré au processus d'enregistrement plutôt que traité comme une étape de validation formelle. Les contrôles ponctuels (Spot Checks) ne sont plus mentionnés en tant que mécanisme distinct.
Pour les entreprises agroalimentaires, cette évolution est déterminante : elle clarifie le point de départ du calendrier, l'élément déclencheur du renouvellement quinquennal, et le niveau d'exigence attendu pour les données vérifiées en fin de cycle. Le processus est plus simple, mais les exigences en matière de données se renforcent à chaque étape.
Il s'agit du changement le plus significatif, et de celui présentant le plus grand risque d'interprétation erronée.
Le projet de novembre définissait trois types d'objectifs pour le Scope 3 : (1) les objectifs d'intensité des émissions, (2) les objectifs d'alignement des activités, et (3) les objectifs d'alignement des contreparties, avec des règles distinctes pour chacune des catégories du GHG Protocol (catégories 1 à 14). Dans la pratique, cette approche produisait une matrice dense, catégorie par catégorie, que la plupart des entreprises peinaient à exploiter.
La version finale remplace l'ensemble de ce dispositif par trois options globales :
Le seuil de couverture évolue également. L'ancienne règle des 67 % (couvrant au moins 67 % de l'inventaire total du Scope 3) est remplacée par une exigence de traiter chaque catégorie représentant individuellement au moins 5 % du total des émissions de Scope 3. Pour la plupart des entreprises agroalimentaires, cela concerne au minimum l'agriculture, l'emballage, la logistique et l'utilisation du produit.
L'intention affichée est explicitement de réduire la charge de mise en œuvre, non de l'alourdir. Si vous voyez cette norme qualifiée de « plus granulaire », faites preuve de prudence : la SBTi a délibérément simplifié la navigation dans le Scope 3, non l'inverse.
L'un des éléments véritablement nouveaux de la version finale, qui ne constituait pas une exigence formelle dans le projet de novembre, est l'identification obligatoire des Emissions-Intensive Activities (EIA), les activités à forte intensité d'émissions.
Les EIA désignent des activités spécifiques de la filière, telles que l'acier, le ciment, la chimie ou les matières premières à risque de déforestation, répertoriées à l'Annexe A de la norme, qui présentent un risque disproportionné en matière d'émissions de Scope 3. Pour les entreprises de catégorie A, l'identification des EIA constitue désormais une étape amont obligatoire, préalable à la définition des objectifs de Scope 3. Le processus comporte trois volets :
Pour les entreprises agroalimentaires, cette exigence est directement pertinente. Les filières agricoles concentrent de nombreuses activités classées EIA : production d'engrais, élevage, matières premières liées à la déforestation. Cette étape formalise ce que les entreprises les plus avancées mettaient déjà en œuvre de manière informelle : identifier et circonscrire les activités où la décarbonation est la plus difficile et les enjeux les plus élevés.
Les pools d'activités (activity pools) désignent des regroupements régionaux ou sectoriels d'acteurs de la filière, par exemple une région productrice de blé, un bassin d'élevage laitier, ou un réseau de sous-traitants de conditionnement partageant le même réseau électrique. Le projet de novembre suggérait que ces pools pouvaient servir de fondement à la définition d'objectifs de Scope 3 : définir un pool, s'engager à l'améliorer, et faire valoir cet engagement comme objectif à part entière.
La version finale trace une ligne claire. Un pool d'activités constitue un outil pour atteindre un objectif, non pour le définir. Une entreprise agroalimentaire doit toujours fixer un objectif de Scope 3 selon l'une des trois options décrites précédemment, puis, si elle le souhaite, s'appuyer sur des interventions menées au sein d'un pool d'activités pour l'atteindre.
Concrètement, la distinction se traduit ainsi : une marque agroalimentaire fixe un objectif au titre de l'Option 2 visant à aligner 80 % de ses fournisseurs de céréales sur des objectifs scientifiques d'ici 2030. Pour y parvenir, elle rejoint un bassin d'approvisionnement céréalier régional (une initiative collective de décarbonation couvrant la culture du blé dans une zone géographique donnée) et s'appuie sur les réductions d'émissions vérifiées de ce pool comme preuve de progrès. Le pool constitue le mécanisme ; l'objectif d'alignement à 80 % des fournisseurs demeure l'élément soumis à validation.
Pour les entreprises qui envisageaient la participation à un pool d'activités comme un raccourci vers la revendication d'un objectif de Scope 3, sans engagement mesurable sous-jacent, ce changement constitue un resserrement significatif. Bonne nouvelle : les pools demeurent une voie de mise en œuvre légitime et utile, en particulier dans les filières agricoles où l'engagement des fournisseurs à l'échelle de l'exploitation n'est pas encore réalisable à grande échelle.
Pour rappel : l'Ongoing Emissions Responsibility (OER), qui a remplacé l'ancien concept de Beyond Value Chain Mitigation, concerne la manière dont une entreprise assume sa responsabilité vis-à-vis des émissions qu'elle continue de produire pendant sa trajectoire vers la neutralité carbone. Plutôt que de les compenser et de passer à autre chose, la norme demande aux entreprises de financer des actions climatiques crédibles (projets de mitigation vérifiés, captation carbone, ou les deux), à hauteur de leurs émissions résiduelles.
Le projet de novembre proposait deux niveaux de reconnaissance : un premier palier symbolique (couvrant 1 % des émissions continues) et un niveau Leadership (couvrant 100 %). Cet écart était si important que la plupart des entreprises ne disposaient d'aucune trajectoire réaliste entre une participation minimale et un engagement total. La version finale corrige ce défaut en introduisant un palier intermédiaire.
Ce palier d'entrée correspond à un financement d'actions climatiques vérifiées couvrant au moins 1 % des émissions continues. Il traduit une participation, sans plus.
Ce constitue le nouveau palier, et le plus pertinent en pratique pour les grandes entreprises agroalimentaires. Il exige une couverture à 100 % des émissions de Scope 1 et 2, ainsi qu'un financement du Scope 3 suffisant pour atteindre au moins 10 % du total des émissions continues, à un tarif minimum de 20 dollars par tonne de CO₂. Pour une entreprise dont les émissions de transformation et de logistique sont significatives, il s'agit d'un engagement concret et budgétable.
Leadership exige une couverture à 100 % de l'ensemble des émissions continues (Scopes 1, 2 et 3), à un tarif de 80 dollars par tonne. Il s'agit d'un engagement financier considérable, mais désormais mieux défini que dans le projet de novembre.
La participation à l'OER demeure volontaire jusqu'en 2035, date à laquelle les entreprises de catégorie A seront soumises à une exigence obligatoire, dont les modalités seront précisées ultérieurement. D'ici là, toutes les entreprises doivent déclarer leur intention de participer au moment de leur soumission pour la Target Validation.
Le chapitre 1 de la norme, initialement intitulé « Net-Zero Ambition », a été renommé « Net-Zero Governance ». Nous considérons qu'il ne s'agit pas d'un simple changement cosmétique.
Le projet de novembre demandait une déclaration d'ambition net zéro de portée générale, validée par le conseil d'administration. La version finale resserre cette exigence : les entreprises doivent démontrer une redevabilité du conseil d'administration spécifiquement centrée sur la définition des objectifs, des structures de gouvernance documentées, et un mécanisme de révision aligné sur le cycle quinquennal. L'alignement avec la stratégie d'entreprise constitue désormais une exigence formelle, alors qu'il ne s'agissait auparavant que d'une recommandation.
Le délai de publication du plan de transition évolue également. Le projet de novembre exigeait une publication dans les 12 mois suivant la validation initiale. La version finale impose aux entreprises de catégorie A une publication dans les 15 mois suivant la Target Validation. Le contenu obligatoire s'est également élargi : les plans de transition doivent désormais inclure un plan de décarbonation des EIA lorsque des EIA significatives sont identifiées, et traiter de la sortie progressive des énergies fossiles non atténuées, le cas échéant.
Le projet de novembre s'orientait vers une vérification obligatoire sans trancher totalement la question. La version finale tranche définitivement. Les entreprises de catégorie A doivent obtenir une assurance limitée d'un tiers indépendant portant sur leur inventaire GES de l'année de référence (Scopes 1, 2 et 3) ainsi que sur toute EIA significative. Au moment de l'End-of-cycle Assessment, les rapports d'avancement des entreprises de catégorie A devront également faire l'objet d'une telle vérification.
Pour les entreprises agroalimentaires aux filières complexes et multinationales, cette exigence relève le niveau attendu en matière de qualité et de traçabilité des données, bien avant qu'un organisme de validation n'examine une quelconque soumission. Les entreprises qui s'appuient encore sur des estimations basées sur les dépenses pour l'essentiel de leur Scope 3 devront élaborer un plan crédible de montée en gamme de leurs données, non seulement pour leur confiance interne, mais comme condition préalable à la validation.
Plusieurs éléments évoluent dans la pratique :
La version finale du Corporate Net-Zero Standard V2.0 de la SBTi représente une réelle amélioration par rapport au projet de novembre, en particulier pour le Scope 3, où la complexité par catégorie a cédé la place à un cadre exigeant mais praticable. L'introduction de l'identification obligatoire des EIA et de la vérification par un tiers relève sensiblement le niveau d'exigence en matière de qualité des données.
Pour les entreprises agroalimentaires, le message pratique est clair : la V2.0 valorise précisément le type de visibilité approfondie sur la filière que Carbon Maps a été conçu pour fournir : des données d'émissions au niveau produit, des données spécifiques aux fournisseurs, et des filières agricoles traçables. Les entreprises qui progresseront le plus rapidement sous la V2.0 ne seront pas celles disposant des modèles les plus sophistiqués, mais celles disposant des données les plus crédibles.
Contactez l'équipe Carbon Maps.