Blog
SHARE

Contenu

Agriculture : mobiliser toute la chaîne pour la transition écologique

Opinion
Agriculture
updated on:  
9/9/2026

En pleine crise des agriculteurs et urgence environnementale, un constat alarmant : le secteur alimentaire représente près d'un quart de nos émissions de gaz à effet de serre. Après le temps de l'évaluation vient celui de l'action pour tous les acteurs : de la posture à la lutte concrète, les synergies entre amont et aval agricoles doivent impérativement s'intensifier pour une transition sociale et environnementale durable.

Les industries agroalimentaires sont complexes : en plus de la multiplicité des filières, on regroupe en 3 maillons la chaîne du secteur : l'amont, le central, et l'aval. Au-delà du déséquilibre des relations commerciales entre l'amont - les agriculteurs - et l'aval - les distributeurs, l'arrivée imminente de l'affichage environnemental et les réglementations renforcées sur la mesure du Scope 3 créent un momentum irréversible. « De la fourche à la fourchette » et parce qu'ils sont tous intrinsèquement liés, tous les acteurs doivent se mobiliser pour accélérer l'évolution de leurs pratiques.

Accompagner les agriculteurs

Côté « fourche », force est de constater que la production de l'alimentation est largement responsable de l'empreinte carbone du secteur : nos fermes et exploitations agricoles sont dépendantes à 70 % du pétrole. Alors que l'ensemble de l'industrie agroalimentaire demande d'accélérer la transition écologique, le modèle agricole qui permettrait de la financer n'est pas encore stabilisé́ .

Pris en étau entre l'évolution des réglementations et les exigences de l'aval agricole , les acteurs de l'amont ont une conscience aiguë des difficultés économiques engendrées par la transformation des pratiques agricoles et un sourcing plus durable. Déjà en difficulté, si les agriculteurs ne perçoivent pas le modèle financier qui les inciterait à transitionner, impossible d'engager cette transformation, pourtant nécessaire, de manière massive.

La politique environnementale doit ainsi s'accompagner d'une politique sociale forte. Transition et rémunération des agriculteurs ne peuvent être considérées comme des entités séparées. Pour contribuer au Scope 3, industriels, producteurs, coopératives et négoces doivent bénéficier d'une plus-value économique pérenne et incitative. Cela pourrait passer par la valorisation financière des productions, la valorisation hors filières des bonnes pratiques environnementales dans les exploitations, une aide à la transition via par exemple le paiement pour « services environnementaux », etc.

Autant de possibilités permettant de répondre de façon collective au bien-être et à la stabilité de ces acteurs. En ce sens, le développement de labels et de filières responsables est une bonne nouvelle. Pour aller plus loin, ce nouveau modèle financier pourrait en outre prendre en compte le profil de risque des nouvelles pratiques (agroécologie, agriculture régénérative, etc.), et une véritable comptabilité environnementale pourrait être envisagée, bien au-delà de la « simple » mesure carbone.

Une meilleure collaboration à venir

Les acteurs les plus en aval de la chaîne de valeur, comme les distributeurs et les canaux de commercialisation, eux, sont plus confiants que leurs partenaires dans l'atteinte de leurs objectifs à court et moyen termes. Leur rôle est néanmoins primordial, avec la création de nouveaux produits ou de nouveaux process, à la fois pour accompagner les changements de pratiques de leurs fournisseurs et anticiper la demande des consommateurs.

Pour encourager la collaboration amont-aval, la signature de contrats pluriannuels entre les différents acteurs pourrait jouer un rôle clé pour définir un vrai modèle de valorisation. Seule cette approche pourrait vraiment permettre à l'amont agricole et aux maillons aval de la chaîne de valeurs de nouer des relations durables afin de travailler ensemble à̀ de vrais changements de modèles et process.

Deux exemples qui fonctionnent

Andros, par exemple, travaille avec ses partenaires producteurs depuis une quinzaine d'années - l'idée étant d'inciter les fruiticulteurs à mettre en oeuvre dans leurs vergers les pratiques agroécologiques testées de façon expérimentale par l'entreprise : couverts végétaux, agroforesterie, gestion différenciée de l'eau, utilisation des écosystèmes pour lutter contre les ravageurs, etc.

L'Association des Producteurs de lait Bel Ouest (APBO), elle, est engagée depuis 2018 dans la démarche « Mon BB Lait » avec Bel permettant une meilleure rémunération des producteurs, une amélioration du bien-être animal et une réduction globale de l'impact environnemental. Ce partenariat « gagnant-gagnant » permet aux deux entités de collaborer plus efficacement et de déterminer les leviers sur lesquels s'appuyer et créer des indicateurs environnementaux pertinents, basés sur des données consolidées et incontestables.

L'urgence environnementale et l'arrivée imminente de nouvelles obligations légales mettent en exergue l'interdépendance des différents maillons de la chaîne agroalimentaire. L'agriculteur, premier de cordée, ne pourra pas transitionner seul. Une mobilisation de tous les acteurs de la filière et un jeu collectif, pour un système plus équilibré et par essence plus durable, permettra de passer à l'échelle sur le changement des pratiques. Il en va à la fois de notre souveraineté et de notre sécurité alimentaire. Une question persiste cependant : le consommateur final acceptera-t-il, lui aussi, de payer une partie de la facture ?

Related blog posts